Dans la commande publique, l'époque des simples déclarations d'intention RSE est révolue. La loi Climat et Résilience a généralisé l'obligation d'intégrer des considérations environnementales dans les marchés, une bascule entrée en vigueur le 21 août 2026.
Pour les traiteurs, sociétés de restauration collective et restaurateurs qui répondent aux marchés publics (collectivités, universités, hôpitaux, réceptions officielles), ces clauses ne sont pas des options : leur non-respect entraîne des pénalités financières directes, voire la résiliation du marché. Voici les cinq exigences les plus fréquentes, avec la base légale de chacune et les moyens opérationnels d'y répondre.
1. Traçabilité et valorisation certifiée des biodéchets
Base légale : loi AGEC, tri à la source généralisé à tous les producteurs depuis le 1ᵉʳ janvier 2024.
L'acheteur exige la preuve que l'ensemble des restes de préparation et de fin de service est détourné de l'incinération et de l'enfouissement.
Exigence type au contrat : bilan semestriel ou annuel des tonnages collectés, accompagné d'une attestation de valorisation (méthanisation ou compostage) délivrée par un prestataire agréé.
Comment y répondre :
- Installer des bacs de pesée et de tri distincts en cuisine et en plonge.
- Contractualiser avec un collecteur local fournissant des bordereaux de suivi dématérialisés.
- Mettre en place un plan de réduction du gaspillage : grammages ajustés, dons aux associations conventionnées.
2. Réemploi des contenants et de la vaisselle de service
Base légale : loi AGEC, sortie du plastique à usage unique.
L'interdiction du plastique jetable s'étend à la suppression des contenants à usage unique, y compris biosourcés ou carton, au profit du réutilisable lavable.
Exigence type au contrat : livraison en bacs gastronormes inox réemployables, interdiction de la vaisselle jetable pour les prestations traiteur, et système de consigne ou de rotation des contenants.
Comment y répondre :
- Constituer un parc de contenants normalisés (inox, verre trempé) et de bacs isothermes réutilisables.
- Structurer une logistique de rétro-collecte et de lavage certifié, en interne ou via un centre mutualisé.
- Remplacer les bouteilles d'eau plastique par des carafes, fontaines ou bouteilles en verre consignées.
3. Livraison décarbonée et optimisation des tournées
Base légale : clause-type d'acheteur, sans seuil légal uniforme.
L'impact carbone du transport entre les cuisines centrales et les lieux de consommation fait l'objet d'exigences croissantes dans les clauses d'exécution.
Exigence type au contrat : une part significative des livraisons assurée par des véhicules à faibles émissions (électrique, GNV, vélo-cargo en hypercentre), assortie d'une mutualisation des flux.
Comment y répondre :
- Adapter la flotte au maintien de la chaîne du froid en véhicules propres.
- Fournir un plan d'optimisation des tournées avec calcul des émissions évitées (kg CO₂éq).
- S'appuyer sur des hubs logistiques urbains de proximité pour le dernier kilomètre.
4. Preuve d'achats responsables : EGalim et circuits courts
Base légale : loi EGalim, 50 % de produits durables dont 20 % de bio en restauration collective, applicable depuis le 1ᵉʳ janvier 2022.
Les engagements pris sur la part de produits durables lors de la remise de l'offre doivent être justifiés pièce par pièce pendant toute la durée de la prestation.
Exigence type au contrat : respect des seuils EGalim, avec contrôle sur pièces comptables.
Comment y répondre :
- Exiger des fournisseurs des factures et bons de livraison détaillant les labels : Bio, Label Rouge, AOP/IGP, HVE.
- Tenir un tableau de bord mensuel des ratios d'achats durables, prêt pour audit.
- Nouer des partenariats directs avec des groupements de producteurs locaux pour sécuriser les volumes.
5. Produits d'entretien écocertifiés
Base légale : clause-type d'acheteur, exigence de propreté écologique.
La maîtrise des rejets chimiques liés au nettoyage des cuisines et de la vaisselle est devenue une clause standard.
Exigence type au contrat : interdiction des produits chlorés ou contenant des perturbateurs endocriniens, et recours à des produits certifiés Écolabel européen ou Ecocert pour la plonge, les sols et les surfaces de contact alimentaire.
Comment y répondre :
- Réviser le Plan de maîtrise sanitaire (PMS) pour y intégrer les fiches de données de sécurité des produits écocertifiés.
- Former les équipes de plonge et de cuisine au dosage précis : centrales de dilution automatique pour éviter le surdosage.
- Consigner l'inventaire des produits utilisés dans le classeur d'assurance environnementale remis au client.
Conclusion : formalisez votre Plan d'assurance environnementale
Pour sécuriser l'exécution de vos contrats et éviter toute pénalité, la meilleure pratique consiste à formaliser un Plan d'assurance environnementale dès le démarrage de la prestation. Ce document regroupe vos protocoles de tri, vos attestations fournisseurs et la fréquence de remise de vos bilans de suivi. C'est aussi la première pièce que vous présenterez en cas d'audit.
